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A toute épreuve

A toute épreuve
Réalisation : John WOO
Production : Terence CHANG, Linda KUK, Amy CHIN
Scénario : John WOO, Barry WONG, Gordon CHAN
Avec : Chow YUN-FAT, Tony LEUNG, Anthony WONG, Teresa MO, Philip CHAN, Philip KWOK, Bowie LAM, Kwan HOI-SHAN, Shui TING NG, Bobie AU-YEUNG, John WOO...

Année de production : 1992
Pays : Hong Kong
Genre : Action/Policier
Durée : 2h06
Public : Interdit aux moins de 16 ans

Histoire : Quelques jours avant la rétrocession, un climat apocalyptique s'installe sur la ville. Tandis que des guerres entre gangs font rages, Tequila, un flic tête-brûlée, jure de venger son meilleur ami tué lors d'une fusillade dans un salon de thé. Son chemin croise bientôt celui d'un mystérieux tueur à gages nommé Tony. Une étrange relation de rivalité et de complicité s'installe entre les deux hommes jusqu'à ce que Tequila découvre que Tony est un flic infiltré...

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Critique : Si John Woo fut le champion incontesté de l'action chorégraphique et de la virtuosité filmique au cours des années 90, ce n'est pas pour rien, et je l'ai déjà longuement expliqué en ce qui concerne les quatre merveilles chroniquées ci-dessus. De purs joyaux de cinoche, explosifs et virtuoses, qui surprennent à tous les niveaux. Autant dire, des oeuvres insurpassables... Vraiment ? Parce que l'apothéose n'était pas encore atteinte. Il nous manquait encore le plus important : le film qui allait graver dans nos esprits une bonne cinquantaine de scènes cultes (ce qui équivaut au film entier !), donner naissance à des personnages hautement mythologiques et enterrer tout ce que le film d'action avait accompli jusque-là. Et encore aujourd'hui, impossible de trouver plus réussi dans le genre. Autant être clair dès le départ : par rapport à ce chef-d'oeuvre absolu du polar d'action, les précédents films de John Woo (et tous ceux qui suivront, d'ailleurs) ne sont que des amuses-gueules. Viens prendre ta claque chez Woo !

A TOUTE EPREUVE est une date, une pure merveille du genre, un immense film d'action qui épate de bout en bout par sa virtuosité scotchante et la perfection absolue de sa mise en scène. Si UNE BALLE DANS LA TÊTE était avant tout l'occasion pour John Woo de se focaliser sur le réalisme le plus dérangeant, ce nouveau film nous ramène au plaisir le plus essentiel du cinéma : nous embarquer dans un rollercoaster de plus de deux heures où le temps n'a aucune emprise et où les péripéties sont si ébouriffantes qu'elles confinent à l'hypnose. Une mise en scène si puissante qu'elle ridiculise la totalité de la production hollywoodienne, si bien que John McTiernan (DIE HARD) fait soudain figure de faiseur narcoleptique par rapport à la réalisation ultra-maîtrisée du maître Woo. Une direction d'acteurs si parfaite qu'elle égale sans peine les excellentes prestations des acteurs d'UNE BALLE DANS LA TÊTE. Et un montage absolument génial, qui atomise les effets de style pour laisser éclater toute sa force évocatrice... Trop de compliments enthousiastes, me direz-vous ? Sauf que face à un monument aussi imposant, on a envie de crier au génie à l'état pur.

Bref, virtuosité totale. Et pourtant, A TOUTE EPREUVE part d'une intrigue classique de polar : à l'aube de la rétrocession de Hong Kong à la Chine, un inspecteur digne de l'inspecteur Harry et un flic infiltré s'associent pour faire tomber un dangereux chef criminel. Une trame classique sur laquelle Woo bâtit une véritable succession de morceaux de bravoure, en même temps qu'il laisse s'en dégager une puissance mythologique hors du commun, donnant à ses protagonistes une iconisation proprement hallucinante. Quel que soit son camp, chaque personnage représente une idée, un thème, qui nous sont présentés avec brio. En effet, dans un premier temps, John Woo ne filme pas des personnages, mais des postures, des silhouettes, des attitudes, à la fois familières et indistinctes, qui sont autant de preuves du talent du cinéaste à offrir à chaque personnage un vocabulaire visuel qui lui est propre. Par exemple, les deux flics, torturés par leur condition et leur quotidien, se révèlent être les deux faces d'une même personnalité (voir la scène de la bibliothèque). Et le simple fait de faire parler la poudre en glissant sur une rampe d'escalier est en soi une image qui s'imprime dans l'inconscient collectif.

Un affrontement d'une incroyable intensité va donc se dérouler au coeur d'un Hong Kong bleu et envoûtant. Mais si la première partie du film se résume avant tout à un enchaînement de figures stylistiques, Woo en fait un atout essentiel pour la suite des festivités, cherchant à jouer la carte de la suggestion sans vraiment s'embarrasser de psychologie, pour ensuite survolter chaque scène en lui offrant une intensité toujours plus folle que pour la précédente. C'est bien simple : A TOUTE EPREUVE doit son efficacité absolue à la volonté de Woo de passer du calme au chaos le plus total. C'était déjà le cas dans UNE BALLE DANS LA TÊTE, à la différence que Woo plaçait son intrigue dans un cadre hyperréaliste, ce qui ne laissait pas toujours une grande place à la stylisation. Là où A TOUTE EPREUVE lui est infiniment supérieur, c'est dans le jeu sur les espaces, où le placement des personnages dans le cadre occupe une place plus importante que les enjeux du récit. En cela, leur attitude si spéciale (surtout celle de Chow Yun-fat, décidément parfait) suffit amplement à marquer les esprits.

John Woo n'est jamais aussi surdoué que lorsqu'il adapte sa mise en scène à une dramaturgie des plus complexes. C'est une fois de plus le cas avec A TOUTE EPREUVE, où les caractères se révèlent, où les jeux d'alliance et de guerre se définissent clairement en même temps que se défont les noeuds de l'intrigue. Et tout cela sans que le cinéaste n'éprouve le besoin de rajouter des dialogues. On le répète : son style est purement visuel. Que ce soit dans l'illustration d'une action suspendue (notamment lors des fameux feux croisés) ou dans la chorégraphie de gunfights homériques, A TOUTE EPREUVE est d'une puissance visuelle sans équivoque. Et surtout lorsque démarre la deuxième partie du film, qui stoppe net le climax d'attente et d'abstraction pour laisser éclater un chaos explosif qui enflamme la pellicule aussi efficacement qu'un brasier. Dès lors, la mise en scène se concentre avant tout sur l'ampleur des événements, ici décuplée par un montage décidément brillant qui alterne les points de vue avec brio. Et d'un bout à l'autre, une telle vision de fureur virtuose, qui dévore tout sur son passage, nous scotche la rétine.

De la fusillade initiale dans un salon de thé jusqu'à la démentielle scène d'action finale, A TOUTE EPREUVE marque l'apogée absolue du style de John Woo, en même temps qu'il multiplie les morceaux de bravoure dans un effet d'accumulation qui nous laisse épuisés (mais heureux) au final. Une telle démonstration de virtuosité filmique n'est pas que rarissime, elle est surtout devenue banalisée par un cinéma hollywoodien qui, sous prétexte de révolutionner le genre, ne fait que piller les idées du cinéma asiatique pour les réadapter à sa démarche mercantile. Ce n'est assurément pas le cas de Woo qui, avec ce film, prouve que son style n'a pas pris une seule ride. Cela est encore plus évident en voyant l'époustouflante scène d'action finale, gunfight hallucinant d'une quarantaine de minutes et où chaque plan constitue à lui seul une inestimable leçon de cinéma. Résumons simplement : A TOUTE EPREUVE n'est ni plus ni moins que l'Everest insurpassable du cinéma d'action. Inutile d'en dire plus.

Note : @@@@@

# Enviado el lunes 30 de junio de 2008 18:11

Modificado el martes 21 de abril de 2009 06:31

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