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13 Tzameti

13 Tzameti
Quelque part, dans un endroit reculé au bord de la mer, Sébastien, 22 ans, répare le toit d'une maison. Le propriétaire meurt d'une overdose après avoir reçu une étrange convocation censée lui rapporter énormément d'argent. Sébastien récupère l'enveloppe et décide de prendre sa place. Commence pour lui un jeu de piste qui le mènera jusqu'à un huis clos clandestin, un monde cauchemardesque où des hommes parient sur la vie d'autres hommes...

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Où sommes-nous ? En France ? Dans un pays reculé d'Europe de l'Est ? Ailleurs ? Dès le début, le doute s'installe, le trouble aussi. Dès le début, un noir et blanc inquiétant envahit la pellicule. Dès le début, des êtres simples et tristes errent dans un environnement délabré, grisâtre, pas très rassurant. En seulement quelques plans, le jeune réalisateur Gela Babluani, dont c'est le premier long-métrage, nous met dans l'ambiance. Atmosphère pesante, trognes étranges, voyous en attente d'une mystérieuse lettre, surveillance des flics aux alentours... Aucune information n'est jamais filtrée dans le film, et déjà, on sent constamment planer l'ombre d'un danger. Un début plus que prometteur pour un film puissant, audacieux et dérangeant, qui ausculte le malaise de nos sociétés contemporaines avec une dramaturgie des plus adaptées, une abstraction des plus bienvenues et un traitement visuel des plus radicaux.

C'est la mort d'un homme par overdose qui déclenche tout, et offre à un jeune homme la possibilité de partir dans l'inconnu. Ayant récupéré une fameuse lettre, notre héros se retrouve au coeur d'un jeu de pistes qui va le mener aux confins de l'horreur. Durant une première demi-heure, les événements se suivent de façon anodine, comme si l'on assistait au prologue toujours recommencé d'un thriller. Avec ce suspense qui monte de façon graduelle à chaque scène, le jeu de piste se mue alors en jeu vidéo où chaque niveau offre un indice de plus au protagoniste. Mais ce qu'il découvre en accédant au niveau supérieur, forcément le plus dangereux, lève toute forme d'ambiguïté et le plonge directement dans un enfer dont il n'est pas certain de sortir vivant. Ou comment le jeu de piste se stoppe soudainement pour laisser place à un climax étouffant, qui vire petit à petit à l'insoutenable.

Les références disparaissent alors sous le poids de la terrible révélation, lorsque le héros, devenu le numéro 13, se retrouve, avec d'autres hommes numérotés, au coeur d'un jeu dont il découvre l'horreur : une sorte de tuerie à la roulette russe, organisée par des hommes riches qui parient sur la vie d'autres gens plus démunis, et dont il ne peut y avoir qu'un seul vainqueur. Dès lors, le noir et blanc se fait encore plus noir, le suspense s'intensifie, les trognes virent à l'abstraction, le meneur de jeu hurle ses ordres à la manière d'un officier SS, et chaque coup de feu est aussi percutant qu'un boulet de canon expédié en pleine gueule. Suspense insoutenable lorsque, fixant une ampoule éteinte qui peut s'allumer à tout instant, la caméra s'attarde en parallèle sur les visages d'hommes terrifiés, conscients qu'ils peuvent perdre la vie à chaque instant. C'est sec, direct, radical, brutal comme une balle dans la tête.

D'un point de vue cinématographique, 13 TZAMETI est un film d'une profonde intégrité. Pour son premier film, Gela Babluani dévoile un immense talent de plasticien et de metteur en scène : en nous prouvant que le noir et blanc peut capter la tristesse existentielle des hommes, que chaque composition de plans peut dissimuler une vraie esthétique picturale, que chaque visage filmé en gros plan peut prendre l'allure d'un paysage et qu'un traitement radical et abstrait de la violence est le meilleur moyen de créer une profonde réflexion sur le monde d'aujourd'hui, le cinéaste nous inflige une puissante leçon de cinéma. C'est avant tout un film sur la perte de repères, l'avidité, la survie, l'humanité qui s'estompe. Et par l'intermédiaire d'un protagoniste a priori banal qui va peu à peu s'affirmer, Babluani donne à son film aussi bien l'allure d'un film ludique que la dimension d'un suspense de plus en plus asphyxiant. Aux confins du fantastique, magnifié par la musique inquiétante d'East, 13 TZAMETI frise le génie.

Note : @@@@

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France – 2005Réalisation : Gela BebluaniProduction : Gela BebluaniScénario : Gela BebluaniActeurs : Georges Bebluani, Aurélien Recoing, Pascal Bongard, Christophe Vandevelde, Nicolas Pignon, Fred Ulysse, Vania Vilers, Olga Legrand, Augustin Legrand, Jo Prestia, Jacques Lafolye, Serge Chambon...Thriller – 1h33 – Interdit aux moins de 12 ans

Bande-annonce : cliquez ici
Site internet : www.numero13.com

# Enviado el viernes 20 de febrero de 2009 15:45

Modificado el viernes 25 de septiembre de 2009 16:49

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