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A history of violence

A history of violence
Tom Stall mène une existence tranquille avec sa famille dans une petite ville d'Amérique... Un soir, deux malfrats font irruption dans son restaurant et menacent les employés. Tom les élimine rapidement et se retrouve acclamé en héros. Tandis que son aventure s'étale à la une de tous les médias, un certain Carl Fogerty débarque, convaincu d'avoir reconnu en Tom celui avec qui il a eu autrefois de violents démêlés. Tom aura beau nier, désormais, face à la menace, lui et les siens vont devoir se battre...

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C'est souvent incroyable comme David Cronenberg aime entretenir des passerelles entre ses films, aussi bien en terme de thématiques que de mise en scène. A ce titre, A HISTORY OF VIOLENCE est à rapprocher de l'excellent DEAD ZONE, film que Cronenberg réalisa en 1983 et qui narrait le parcours d'un homme doté du don de double vue, n'assumant pas sa différence et se découvrant finalement une identité en acceptant le don qui lui a été offert. Rebelote pour le cinéaste, qui adapte cette fois-ci une BD subversive sortie il y a quelques années aux Etats-Unis et qui renoue ainsi avec ses interrogations sur l'identité humaine et ses innombrables paradoxes. A ceci près que ce nouveau film gagne davantage en subversion et en réflexion, puisqu'il ne touche pas à un concept galvaudé du fantastique, mais à un sujet propre à l'être humain : la violence. En lisant le titre éminemment trompeur du film, qui aura poussé bon nombre de critiques bien-pensants à ne voir dans ce film qu'une réflexion unilatérale sur la violence, Cronenberg détourne le concept du film analytique en s'orientant volontairement vers le thriller transgressif.

Le parcours de son protagoniste, individu banal devenu terreau de réflexions suite à un acte inattendu, est l'épicentre d'un basculement progressif de la réalité vers la fiction, véritable thématique centrale du film. Pour preuve, dès sa scène d'ouverture, le film tranche avec cette narration cérébrale qui caractérisait LE FESTIN NU ou VIDEODROME, et choisit au contraire de commencer comme une série noire conventionnelle, sorte de thriller parano comme l'Amérique se plait aujourd'hui à en produire à la pelle. Une Amérique que Cronenberg se plait à égratigner en permanence par un humour sardonique et une déstrucuration des codes de son cinéma, qu'il s'agisse du happy-end familial ou d'une violence filmée comme artificielle. Et si A HISTORY OF VIOLENCE se veut un film inconfortable, à mille lieux du divertissement rassurant ou du polar jubilatoire, Cronenberg fait mine de s'effacer derrière un genre codé pour en pervertir les codes au moment le plus inopportun. Il suffira donc d'une intro rassurante, dévoilant le quotidien banal d'une famille a priori heureuse et représentative de l'american way of life, pour qu'on devine très vite qu'un événement salvateur va faire figure d'anomalie qui va enclencher brutalement la machine à réflexions.

L'événement en question est simple : un restaurateur honnête et chaleureux sauve ses clients d'un tandem de tueurs en rispostant de façon incroyable, éliminant les attaquants avec une dextérité et un courage incroyables. Tout le reste du film, qu'il s'agira de ne pas dévoiler, découle de cette anomalie. Cronenberg relance le concept d'un processus incontrôlable et activé par l'imprévu, comme ce pouvait être le cas pour les héros de ses précédents films. On en déduit donc que la série B, jusque-là retranscrite de façon trompeuse par le cinéaste, va dériver vers des abîmes inattendus, ce qui est évidemment le cas. Il est effrayant de constater que le comportement impulsif du protagoniste, exemple rêvé d'autodéfense tel que l'Amérique profonde (et les médias) aime scander à ses compatriotes, se révèle aussi effrayant que celui des agresseurs, dont la violence et la criminalité étaient avérés dès la scène d'ouverture (un faux cauchemar sanglant en guise de mise en bouche). Mais c'est une façon pour le cinéaste d'interroger la notion d'identité. Descartes disait ''Je pense, donc je suis''. Cronenberg semble vouloir nous dire ''Je tue, donc... suis-je ?''

A ce moment, la mutation est en marche, les instincts sont réveillés, les définitions du Bien et du Mal sont brouillées, et le corps humain fait figure de leurre éminemment trompeur, dont les abîmes cachées sont parfois inavouables. Certes, le cinéaste ne se prive pas pour illustrer la violence comme composante indissociable de la nature humaine, mais il fait passer la réflexion par sa seule mise en scène, s'épargnant ainsi les discours moralistes que l'on aurait pu craindre. Il lui suffit simplement de montrer le réveil des pulsions violentes, comme lorsqu'un jeune garçon, ouvertement non violent, perd tout contrôle en éclatant la gueule d'un lycéen prétentieux et cynique. Même à la maison, les valeurs familiales éclatent en mille morceaux, notamment lors d'une scène de sexe conjugal sur les marches d'un escalier, rappelant la brutalité SM de CRASH et renvoyant à un lien ambigu entre violence et plaisir. Et surtout, Cronenberg manie l'ironie sardonique à la Verhoeven, n'hésitant pas à faire de ses personnages de ''méchants'' (joués par Ed Harris et William Hurt) des figures symboliques ou allégoriques d'une Amérique à double visage, où l'absurde se mêle à la sauvagerie.

L'allégorie est l'une des notions fondamentales du film, notamment à travers sa scène finale, modernisation brillante du combat opposant Abel et Caïn. L'Histoire est un éternel recommencement... Toutefois, le cinéaste ne sombre jamais dans l'abscons à force de jouer la carte de symbolisme. D'un bout à l'autre, le film peut aussi bien se lire comme une simple série B subversive (ce serait toutefois dommage de ne voir que ça) que comme un monument de réflexion métaphysique, questionnnant l'identité humaine et ses paradoxes jusque dans ses recoins les plus ambigus. Pour illustrer cette ambiguïté, il fallait évidemment un acteur principal capable de dissimuler cette glaçante mécanique derrière un charisme angélique, ce que Viggo Mortensen réussit de façon phénoménale. En même temps, sa performance d'acteur suffit parfois à elle seule pour créer le trouble, Cronenberg se concentrant une nouvelle fois sur ses acteurs et leurs actions à sens multiples. Le tour de force du cinéaste est de ne jamais nous rassurer sur l'objectivité des images, faisant ainsi de ses protagonistes des figures concrètes à l'extérieur, mais abstraites à l'intérieur. Magnifique audace.

Note : @@@@@

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Canada/Etats-Unis – 2005Réalisation : David CronenbergProduction : Chris Bender, Toby EmmerichScénario : John OlsonActeurs : Viggo Mortensen, Maria Bello, Ed Harris, Ashton Holmes, William Hurt, Stephen McHattie, Greg Byrk, Peter MacNeill, Kyle Schmid...Drame/Thriller – 1h39 – Interdit aux moins de 12 ans

Bande-annonce : cliquez ici
Site internet : www.metrofilms.com/ahistoryofviolence

# Enviado el jueves 26 de febrero de 2009 06:23

Modificado el martes 15 de septiembre de 2009 08:19

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