Merde – Une ignoble créature sème la panique et la mort dans les rues de Tokyo. Les médias la surnomme "La Créature des égouts". L'armée finit par la capturer. Il s'agit d'un homme d'une civilisation inconnue, qui se fait appeler Merde. Son procès déchaîne les passions...
Shaking Tokyo – Depuis plus de dix ans, il est hikikomori. Il vit enfermé dans son appartement, réduisant au strict minimum tout contact avec le monde extérieur. Lorsque la livreuse de pizza s'évanouit chez lui durant un tremblement de terre, l'impensable arrive, il tombe amoureux. Peu après, il apprend que la jeune fille devient hikikomori à son tour. Osera-t-il franchir la porte qui sépare son appartement du reste du monde ?
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Aujourd'hui, il faut reconnaître que le film à sketches semble conserver un certain intérêt auprès des producteurs, voyant dans cette réunion de talents rien de plus qu'une vaste entreprise lucrative, quand ce n'est pas un moyen inespéré pour attirer les lecteurs des ''Cahiers du Cinéma'' dans les salles obscures. Si certaines entreprises auront dérouté en raison d'un manque de cohérence (EROS et ses trois visions de l'érotisme) ou d'une forme d'installation arty mal adaptée au format cinéma (DESTRICTED et ses diverses représentations du sexe explicite), l'idée la plus efficace n'a pas l'air de concerner une thématique particulière, que plusieurs cinéastes traiteraient chacun à leur manière. On sait que la géographie et l'environnement suffisent parfois à un cinéaste pour pouvoir s'imprégner d'une émotion, d'une idée, d'une matière filmique qu'il va s'agir de retranscrire. C'est ainsi que le concept de film à sketches ''globe-trotter'' a fait son apparition : chopez une poignée de cinéastes chouchoutés par la critique, emmenez-les dans un lieu spécifique à travers le monde, filez-leur des budgets de courts-métrages, et voilà, l'affaire est dans le sac. Après NEW YORK STORIES et PARIS JE T'AIME, la nouvelle escale n'est ni plus ni moins que la ville la plus technologique du monde, véritable chaos urbain dont la modernité n'a d'égal que la frénésie hypnotique. Bienvenue à Tokyo !
Réunir des cinéastes célébrés, c'est très bien. Mais encore faut-il que leurs styles respectifs, aussi protéiformes soient-ils, arrivent à illustrer une cohérence du film dans sa globalité. Par chance, avec TOKYO, le procédé ne pouvait que fonctionner étant donné la complexité et la richesse du lieu de tournage. Avec son ambiance unique, sa recherche effrénée de modernité, sa technologie omniprésente et le spleen hypnotisant qui se dégage de son atmosphère, la capitale nippone se présente comme un vaste chaos, source d'une infinité de micro-histoires pouvant trouver leur place dans un ensemble dont la cohérence découle paradoxalement de son hétérogénéité. En cela, le choix des trois cinéastes sélectionnés pour le projet ressemble tout de suite à une évidence : un jeune cinéaste branché dont les bricolages graphiques illustrent une forme de naïveté touchante, un auteur maudit qui se focalise sur le romantisme glauque à tendance nihiliste, et un jeune prodige issu d'un cinéma en pleine effervescence (qui plus est, séparé de l'archipel nippon par la mer) dont le style se caractérise par un mélange des genres aussi total que harmonieux. Trois visions de la mise en scène qui se rencontrent. Trois styles opposés, une seule unité de lieu. Trois réalisateurs, une ville, un milliard de possibilités.
Le premier à s'aventurer au pays du manga et des otakus, c'est l'ami Michel Gondry. Dans la lignée de ses précédentes oeuvres, lesquelles touchaient de près ou de loin à la culture de l'image, le réalisateur de SOYEZ SYMPAS REMBOBINEZ renoue avec son amour pour le cinéma fauché, celui que tant de cinéastes (Ed Wood, notamment) se sont amusés à produire avec une passion communicative. Au centre de ce segment intitulé ''Interior design'', Gondry filme un couple en crise, désireux de projeter un petit film d'auteur d'une prétention affreuse (on pourrait y voir un des films ''suédés'' du précédent film de Gondry) et qui emménage dans un appartement minuscule de la banlieue moderne de Tokyo. Le principe du film est simple : à travers les difficultés d'un couple à trouver un logement stable ou à se situer dans une société où règne l'uniformisation de toute chose, Gondry dérive judicieusement en transformant son héroine principale en objet inanimé (ici, une chaise). La métaphore est hyper astucieuse car, à la manière d'un geek fétichiste, le réalisateur nous parle de la parte d'humanité dans une ville où l'extérieur a parfois plus d'importance que l'intérieur. Ce moyen-métrage immobilier se révèle donc aussi abouti que ludique dans son traitement.
Invité surprise de ce triple programme, Leos Carax poursuit l'exploration de la capitale tokyoïte avec un segment qui a toutes les chances de ne pas faire l'unanimité. On ne redira jamais assez que le personnage reste l'un des auteurs les plus mal-aimés du cinéma français, se gargarisant à longueur d'interviews de ses difficultés à réaliser ses projets et se vautrant dans une forme d'autofellation pleurnicharde que l'on souhaiterait voir disparaître au plus vite. C'était déjà le cas avec LES AMANTS DU PONT-NEUF, ou, plus récemment, avec le supra-prétentieux POLA X, sur lequel nous reviendrons très bientôt. Or, en quittant l'Hexagone, Carax trouve enfin une liberté filmique qu'on lui croyait interdite jusque-là. Sobrement intitulé ''Merde'', le film de Carax débute sur les chapeaux de roues avec une créature anarchiste (Denis Lavant), sortant des égoûts de Tokyo pour aller terroriser les jeunes nymphettes et les hommes d'affaires à coups de grenades. Au-delà de l'envie de reprendre à sa sauce le concept initial de GODZILLA (en clair, un monstre sorti de Terre rappelle les souffrances passées d'une société chaotique), Carax s'amuse à éclater les interdits (voler la canne d'un unijambiste, léchouiller l'oreille d'une gamine en mini-jupe, etc...) et à expulser les pulsions primaires au sein d'une cité policée et réglementée. Une forme d'anarchie destructrice, joyeuse et délirante, qui s'exprime par un dynamitage des conventions et un humour osé (les yeux bridés vus comme des ''sexes féminins'' !). Dans son genre, un ovni incroyable, et le meilleur film de son auteur maudit.
Et pour que TOKYO s'achève en beauté, non seulement les responsables ont pris la judicieuse idée de mettre le meilleur des trois segments en fin de film, mais encore ont-ils eu l'idée de génie d'en confier la réalisation au génial Bong Joon-ho, cinéaste ultra-surdoué derrière les indispensables MEMORIES OF MURDER et THE HOST. Lequel nous livre ici rien de moins qu'un chef-d'oeuvre d'émotion et de sensibilité, dont la courte durée (à peine une quarantaine de minutes) ne constitue en rien une limite pour le cinéaste. ''Shaking Tokyo'' démarre donc sur la présentation d'un hikikomori (comprenez : associal et agoraphobe), reclus depuis dix ans dans sa maison et sans aucun autre contact avec l'extérieur que celui d'une jolie livreuse de pizzas... Comme pour les deux segments précédents, on retrouve encore l'idée d'une quête de la singularité dans la multitude, l'idée d'une expression personnelle de la solitude, ainsi que l'idée d'une aliénation qui pousse à se différencier du commun des mortels. Ici, la redécouverte du monde extérieur par un être humain symbolise le pouvoir de l'amour, envers et contre tous, ce qui fait de ce segment le plus optimiste de TOKYO. Le tout avec une recherche visuelle audacieuse, un découpage d'une fluidité surhumaine et un regard sincère sur le refus de l'uniformisation... En cela, TOKYO réussit le pari quasi surhumain de faire dévoiler une formidable unité de propos, où la mélancolie maladive n'est que le rejeton d'un monde en crise, où les émotions se frottent à la technologie moderne. L'expérience est indispensable.
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Japon/France/Allemagne/Corée du Sud – 2008 – Réalisation : Michel Gondry, Leos Carax, Bong Joon-ho – Production : Masa Sawada, Michiko Yoshitake – Scénario : Michel Gondry, Gabrielle Bell, Leos Carax, Bong Joon-ho – Acteurs : Ayako Fujitani, Ryo Kase, Denis Lavant, Jean-François Balmer, Julie Dreyfus, Renji Ishibashi, Azusa Takehana, Kaori Tsuji, Teruyuki Kagawa, Yu Aoi, Naoto Takenaka... – Comédie/Drame – 1h45 – Tous publics
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